"A tous les visiteurs, si vous apportez avec vous votre mets favori, salé ou sucré, si vous savez chanter ou danser sans retenue avec la légèreté du vent printanier et de la rivière en automne,si vous n'affichez pas un air suffisant ou affligé,alors nous partagerons la plus grande joie"



Santoka




samedi 25 juin 2011

un jour mon prince viendra ...




ma fille, dans son premier rôle

*

ma cendrillon
vingt minutes avant la pièce
cherchant ses chaussures

my Cinderella
twenty minutes before the play
looking for her shoes

*

une scène

(La première voix est posée, polie, maniérée et prétentieuse; l’autre est rauque, méchante et dure.)


- Je suis ravi de vous voir
bel enfant vêtu de noir.

- Je ne suis pas un enfant
je suis un gros éléphant.

- Quelle est cette femme exquise
qui savoure des cerises?

- C’est un marchand de charbon
qui s’achète du savon.

- Ah! que j’aime entendre à l’aube
roucouler cette colombe!

- C’est un ivrogne qui boit
dans sa chambre sous le toit.

- Mets ta main dans ma main tendre
je t’aime ô ma fiancée!

- Je n’suis point vot’ fiancée
je suis vieille et j’suis pressée
laissez-moi passer!


Jean Tardieu

Théââââtre !

(sur le pas de la porte, avec bonhomie.)

Comment ça va sur la terre?
- Ça va ça va, ça va bien.

Les petits chiens sont-ils prospères?
- Mon Dieu oui merci bien.

Et les nuages?
- Ça flotte.

Et les volcans?
- Ça mijote.

Et les fleuves?
- Ça s'écoule.

Et le temps?
- Ça se déroule.

Et votre âme?
- Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.


Jean Tardieu, Monsieur Monsieur

vendredi 24 juin 2011

la croix

« J'ai voulu vivre dans le pays où tu es, où les frontières sont abolies, mais toujours, je t'ai entendu ne rien me dire. Et j'ai alors préféré la mort à la vie. A cause de la vie. Comme si la mort était le pays où tu vivais, où tu ne mourrais plus. Comme si même la mort mourait. »


Sur la page 202 du Besoin de poème d'Yvon Le Men, un lecteur m'a précédé. Il a tracé devant ces lignes deux traits profonds au crayon de papier. Et, comme si cela ne suffisait pas à crier son cœur, il a placé, à la gauche de ces traits, une croix. Son exclamation muette. Sa confidence au livre. Sa résolution.

La croix disait « Je me suis arrêté là. J'ai souffert cette souffrance. Ce texte, c'est ma voix. Ces mots, ce sont mes larmes. Merci. »

Cette croix. Une déclaration de mort, gravée dans la chair du livre. Une promesse à son amour perdu. Comme autrefois peut être leurs cœurs entrelacés sur un tronc quelque part.

Cette croix. Une signature en bas de vie. La signature d'un vivant qui n' avait plus de mots. La signature d'un homme qui n'avait plus de nom.

Qu'est il advenu de ce lecteur, de cet amant, de de veuf, de ce pauvre cœur muet ? Et où est-il à présent ?


sans doute dans ce pays

au pays des frontières abolies

là où elle vit

et ne mourra plus.



Vincent Hoarau

jeudi 23 juin 2011

imagine (ébauche)

imagine un peu

le soleil est un verre de whisky posé sur la vitre du ciel
qui brûle à l'automne les entrailles de ta constellation
en hiver c'est une pastille au citron
une braise
au printemps l' oeil d'un geai
tache d'huile en été

tu vois ?
il suffit de

la Terre c'est une bulle de savon
parce que les continents glissent à sa surface comme des arcs-en-ciel
une bulle de savon
qu'une épine suffirait à ... plop ! tu vois


et pour tout le reste, c'est pareil :

le noyau de la terre est vert
d'où l'herbe

les océans sont des poumons
les fleuves des poulpes
les forêts la pluie
les routes des rêts
les chemins des trouées

les villes des croûtes séchées les mauvais jours
des papillotes les belles nuits

les villages des bateaux ancrés dans leur terroir

les maisons des coquilles
ou des fleurs c'est selon

le ramage des boîtes de nuit comme l'oiseau de paradis
et pour les jours de bureau on porte le costard corbeau

les voitures des oriflammes
ou des oripeaux

les cartes bleues des glaives
les rouge-à-lèvres amanites,
les enveloppes papillons, ...
(...)


et caetera jusqu'aux fourmis
qui sont gouttes de sang les jours de solitude
et des locomotives les jours d'espérance


tu vois ?
il suffit de
tu as le droit
tout est à toi


















*