"A tous les visiteurs, si vous apportez avec vous votre mets favori, salé ou sucré, si vous savez chanter ou danser sans retenue avec la légèreté du vent printanier et de la rivière en automne,si vous n'affichez pas un air suffisant ou affligé,alors nous partagerons la plus grande joie"



Santoka




mercredi 7 mars 2018

NaHaiWriMo #2 : les rails

Au deuxième jour du NaHaiWriMo de février, les participants ont été conviés à évoquer les rails et le train.

Le train, ce lieu mouvant, cet entre deux mondes. Espace immobile qui se déplace. Transport toujours modernisé et pourtant toujours joliment désuet. Lieu de la routine rouillée et de l'aventure échevelée. Lieu de l'habitude et du mystère. Lieu de la rencontre et de la séparation. Lieu de l'attente et de l'empressement. Lieu de la foule et de la solitude. Lieu du quotidien et de la rêverie. Lieu des hiers et des demains. Lieu de l'ici et de l'ailleurs. Lieu de tous les paradoxes.

Cette richesse se retrouve bien dans les textes qui ont été proposés. En voici quelques-uns.
 


 

 
Emile Antoine Verpilleux - Gare




grève du rail
les voyageurs en carafe
Micheline au bar

Bruno Robert
 
sonnerie -
passage de la micheline
par la porte ouverte

Jean-Hugues Chuix
 
annonce sonore -
la voix du conducteur du train
déraille
 
Ben Coudert
 
Paris-Brest
arrêt urgent
devant la pâtisserie

Chantal Baroche



Henri Cartier-Bresson
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un train des rails
tous les matins tous les soirs
des vies parallèles

Gérard Mathern
 
rails désaffectés ~
nos solitudes à jamais
parallèles

Abia Dasein

Jun-ichiro Sekino
 
 
silence de février
la pluie pianote
le chemin de fer
Line Jolyot

les lumières du Nord
potagers et bidonvilles
semés près des rails
 
Françoise Lonquety

Un nouveau retard
Dans les frimas de l'hiver
Du sang sur les rails
Virginie Clausse

 
 
 
 
*
 
 
 
 
 
 
 
 
dans le métro
des rêves d'Orient Express -
elle déraille

Aggie Corezzez
 

 
départ du train
plus tout à fait là
pas encore là-bas

Danièle Duteil

Edouard Boubat - Gare Montparnasse
 
 
 
vent dans les cheveux
sous le pont
les rails s'entremêlent

Ninie Flambhaïku

Gare désaffectée -
les herbes folles frémissent
au passage du train

Sandrine Waronski

Stow Wengeroth - Evening train
 
 
 
 
 
 
A flanc de montagne
au bout des rails
le ciel étoilé

Lilas Ligier

gare Montparnasse
tout au bout des rails
le chant des mouettes
Philippe Macé

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

mine désaffectée -
tout près d'un wagon rouillé
quelques morilles

Gérard Maréchal

Voie sans issue -
les traverses ont disparu
sous des coquelicots
 
Iocasta Huppen

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Il était une fois
une gare perdue
seulement pour moi et toi

Silvia Topurska

 
 
 
 
 
 
Arthur Saron SARNOFF - Where Love Begins
 
 
 
 
 
 
 
Sur le quai
une longue étreinte ~
grincement de rails
Rachida Jerbi

 
 
 
 
 
 
le long des rails
désaffectés voyagent encore
les vieux souvenirs

Nicole Braham

 
 
 
 

Sandy Pray
 
 

mardi 27 février 2018

NaHaiWriMo #1 : Sandwichs

 
Chaque année en février survient sur les réseaux sociaux un événement que les haïkistes appellent "NaHaiWriMo" : le National Haiku Writing Month. Inventé par Michael Dylan Welsch, il invitait au commencement les auteurs anglophones à écrire chaque jour un haïku inspiré d'un thème proposé.

Devant le grand succès rencontré par ce jeu, l'événement s'est étendu à plusieurs langues. Cette année, Mickael Dylan Welsch m'a proposé de succéder à Hélène Duc pour l'organiser à l'intention des haïjins francophones de facebook. J'ai accepté avec plaisir. Mickael me conviait à proposer des thèmes différents chaque jour, lesquels pouvaient être identiques, proches ou totalement différents des "prompts" qu'il proposait de son côté.

Pour le premier jour du mois de février, j'ai opté pour le thème du sandwich et de ses variations.




Je me suis régalé, notamment à la lecture de ceux-ci :


hiver new-yorkais -
l'homme-sandwich se réfugie
dans un Burger King
Patricia Desmûriers

pic nic ~
entre deux tranches de pain
les larmes de l'émigré
Karin Soupart LouRyan

premier rendez-vous
ce goût de taco
moiteur d'une nuit d'été
Line Jolyot

Soleil en terrasse
le casse-dalle s'envole
avec le goéland
Kirill Giraudon

régime
entre deux tranches de pain
le vide
Danièle Duteil

au hasard des rues -
le crève-la-faim rencontre
un homme-sandwich
Aggie Corezzes

pan bagnat
et dans la grande bleue
le bain quotidien
Jean-Paul Gallmann

sur l'autoroute
un camion pour l'abattoir
avant les burgers
Ninie Flambhaïku

en sandwich
entre dentelle et peau
quelques miettes de pain
Chantal Baroche

sandwich débordant
sur son tee-shirt plein de tâches
le menu des jours d'avant
Philippe Macé

jambon frais ~
la chatte du parc préfère
mes jambes
Sarra Masmoudi

Peine d'école
Entre papa-maman
le câlin sandwich
Sandra St Laurent

buffet de la gare
son sandwich avalé
il la mange des yeux
 
Bruno Robert

mitraillette -
un attentat chez
Weight Watchers
Patrick Somprou

collecte de sang
le mendiant chaque jour
pour un sandwich
Hélène Duc


déjeuner du pauvre ~
un sandwich
au pain
Abia Dasein

sandwich débordant
sur son tee-shirt plein de tâches
le menu des jours d'avant
Philippe Macé


Soies

*

C'est avec une grande fierté que je vous annonce la parution récente, aux belles Editions Tapuscrits, d'un recueil de haïkus à trois voix intitulé Soies. C'est un recueil de haïkus érotiques et amoureux que j'ai eu le plaisir et l'honneur d'écrire en compagnie de deux autres auteurs dont je goûte particulièrement les poèmes : Pascale Dehoux et Christian Cosberg.

 

Il est délicieusement illustrée par Cathy Scotto et savoureusement préfacé par ce coquin d'André Cayrel. Je ne saurais dire à quel point j'ai été honoré de travailler avec toutes ces personnes dont j'admire le travail.

Alors pour vous mettre l'eau à la bouche, ces quelques douceurs :

aux premiers rayons
son petit sourire en coin -
le magnolia bourgeonne
 
 
 
le brouillard levé
sur une souche humide
il pose la main
 
 
 
une goutte sur la vitre...
ma langue tout à l'heure
sur sa peau
 
 
 
entre deux éclairs
les mots qu'elle lui glisse
au creux de l'oreille
 
Vincent
 
 
Nuit avec toi ~
Je ne dors
que d'un sein
 
 
 
Avec toi
fragile
comme une faïence
 
 
 
Douce apesanteur ~
Je reste suspendue
à tes lèvres
 
 
 
Le plus érotique ?
Ce que tu laisses
m'échapper

Pascale
 
le cœur de la maison
s'est remis à battre
le bruit de tes pas dans l'allée
 
 
 
minuit
elle m'offre un baiser
à combustion lente
 
 
 
tendre moisson
ma main
dans tes cheveux
 
 
 
vague après vague
nos caresses que plus rien
n'endigue
 
 
Christian
 
 
 
 
 


un paon-de-jour

*
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
dans l'herbe givrée
un paon-de-jour
épinglé
.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
*

vent cinglant

*
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
vent cinglant ~
dans le champ tremblent encore
les cartons des migrants
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
*