"A tous les visiteurs, si vous apportez avec vous votre mets favori, salé ou sucré, si vous savez chanter ou danser sans retenue avec la légèreté du vent printanier et de la rivière en automne,si vous n'affichez pas un air suffisant ou affligé,alors nous partagerons la plus grande joie"
Santoka
Santoka
dimanche 10 juillet 2011
La guerre et l'univers
Nous retournerons dans nos foyers sains et saufs!
Alors
au-dessus des Russes,
des Bulgares,
des Allemands,
des Israélites,
de tous,
sous le firmament
empourpré d'aurore,
côte à côte
ont étincelé sept mille couleurs
de mille arcs-en-ciel différents.
Parmi les débris des peuples,
par les bandes dispersés,
roula comme un écho déconcerté :
"A-ha!..."
Le jour qui s'ouvrait était tel
que les Contes d'Andersen
rampèrent à ses pieds comme de jeunes chiots.
Maintenant c'est à ne pas croire
que j'aie pu marcher
sombre, à tâtons, dans le crépuscule des ruelles.
Aujourd'hui,
un petit bout de fillette
a sur l'ongle de son petit doigt
plus de soleil
qu'il n'y en eu avant sur tout le globe terrestre.
L'homme embrasse la terre de ses grands yeux.
Il croît,
il atteint la tête des monts.
L'enfant dans son costume neuf
- dans sa liberté -
est grave,
risible même de fierté.
(...)
On sanglote de joie !
Enfin il y a moi.
J'avance avec prudence
énorme
maladroit.
Ô comme je suis magnifique
dans la plus étincelante
de mes âmes sans nombre !
(...)
"Bonjour, mon aimée !"
Je comble de caresse chaque cheveu
qui boucle
tout doré.
Ô, quels vents,
de quel midi,
d'un cœur enseveli ont accompli le miracle ?
Tes yeux se sont éclos,
deux clairières !
J'y fais des cabrioles,
enfant rieur.
Et à la ronde !
Des rires.
Des drapeaux.
Multicolores.
On passe.
On se cabre.
Par milliers.
A travers.
Au trot.
Dans chaque jeune homme la poudre de Marinetti
Dans chaque vieillard la sagesse de Hugo.
La capitale n'a pas assez de lèvres pour sourire.
Tous,
hors du logis,
sur les places,
dehors !
Comme des ballons argentés,
de capitale en capitale,
lançons la joie,
le rire,
les cloches !
(...)
Vladimir Maiakovski, La guerre et l'univers.
samedi 9 juillet 2011
dans les bateaux

nous sommes tous des nomades
conclue-t-il
les yeux pleins de larmes
conclue-t-il
les yeux pleins de larmes
Philippe Quinta
au dos de la lettre
son adresse :
Quartier Abandonné
son adresse :
Quartier Abandonné
Vincent Hoarau (d'après un poème d'Aimé Césaire)
Aujourd'hui je mets
mes habits d'été et m'en vais
vers un monde encore inconnu
mes habits d'été et m'en vais
vers un monde encore inconnu
Mishikaze
la misère et l'espoir
dans les sacs immenses
des migrants
noyés par milliers
les clandestins dans les journaux
ne font pas de vagues
dans les sacs immenses
des migrants
André Cayrel
noyés par milliers
les clandestins dans les journaux
ne font pas de vagues
Vincent Hoarau
flux migratoires -
leurs clandestins ?
des naufragés.
déferlement de rage
vague après vague après vague
sur leur frêle esquif
leurs clandestins ?
des naufragés.
Vincent Hoarau
déferlement de rage
vague après vague après vague
sur leur frêle esquif
Vincent Hoarau
"toute la misère du monde" ...
et bien oui, je l'accueillerai
à bras ouverts !
Vincent Hoarau
un pauvre Libyen
par un pauvre Tunisien
accueilli
par un pauvre Tunisien
accueilli
Vincent Hoarau
de l'autre côté
de la Méditerranée
une main tendue
de la Méditerranée
une main tendue
Vincent Hoarau

*
"Après tout, remettons-les dans les bateaux !"
(Chantal Brunel, députée UMP, 8 mars 2011)
Cavatines
Là-bas, un jour, sur l'bord d'la mer,
j'irai danser des cavatines
et lire mes vers d'un autre monde.
Sur l'bord d'la mer avec le vent,
la mouette et l'onde,
avec le temps girouette du monde,
je m'en irai et chanterai sur l'bord du vent.
Et j'partirai sur une clef d'sol
entre les lignes de tes remous.
J'piquerai mes notes dans l'sable fin,
et des châteaux de triolets,
des crescendos de coquillages,
absurdités je n'y peux rien.
Mais j'partirai en staccato
sous mes airs pianissimo.
Oui j'partirai, tu peux me suivre.
À deux c'est mieux pour faire des rimes.
Flora DELALANDE
Que désire la poitrine de bronze ?
Maison près de la mer
Que désire la poitrine de bronze
la mer enfourchant son beau coursier ?
Je ne veux pas que les rues soient aussi courtes
Je les veux profondes et pudiques
longues et séduisantes
comme des entrailles éparpillées au vent
Je veux seulement
juste pour un moment
caresser la blanche écume avec mon oqal
alors que j'appareille quelque part
sous une pluie maussade
voir mon pays affamé
s'éloigner de moi
fleur après fleur, arbre après arbre
voir la pauvreté, le nationalisme et l'égalité
des hublots du bateau
pendant que des oiseaux d'eau nonchalants
pondent sur mon chapeau
et allument ma cigarette tordue par le vent
Je ne veux ni d'un père agitant vers moi sa cape
ni d'une amante croassant comme un corbeau
Je veux partir ainsi
démuni et paresseux
Chaque année, je ferai un pas
et pour chaque génération, j'écrirai un mot
Il est temps
de déchirer quelque chose
violemment appareiller sous une pluie maussade
pas comme un aventurier
enveloppé d'une trombe de valises et de fleurs
mais comme un ignoble rat
aux yeux larmoyants
qui se réveille effrayé
chaque fois qu'un bateau hurle
et que ses lanternes s'allument
tels les yeux mouillés des hyènes
O trottoirs magnifiques d'Europe
pierres couchées depuis des millénaires
sous les manteaux et la tête des parapluies
y a-t-il un petit nid
pour un bédouin d'Orient
portant son histoire sur le dos, tel un bûcheron ?
Non ...
je n'émigrerai pas sous les étoiles
je ne foulerai pas tes vagues pures avec mes souliers
Je resterai à l'arrière du bateau
pour ronger son bois comme de la chair
Je traverserai tes vagues l'une après l'autre sur le bout des ongles.
Je construirai des nids sinueux entre les vagues
aussi profonds et sinueux que des ruelles
Je me protégerai des tempêtes
et des rugissements du vent
Avec les vagues antiques, je me ferai un oreiller
Je dormirai tout habillé, avec mes chaussures et mes cahiers
jusqu'au matin
J'ouvrirai des larges routes pour l'errance
en bordure desquelles je planterai
des arbres et des sièges vides
Je chercherai un petit poisson
aux yeux de miel
Je chercherai tes seins avec mes doigts
et je l'épouserai
à la lueur de la lune et du brasier des boucheries
Je lui arrangerai avec les veines de l'eau une longue chevelure
une poitrine aux seins arrondis
avec les yeux des anciens marins
J'écrirai pour lui des poèmes
et nous nous promènerons dans les profondeurs de la mer splendide
comme des amoureux se promènent das les marchés
Et sous les nuages bleus des marronniers
parmi les hurlements des nègres
le crissement des seins sauvages
alors que la mer me fait ses adieux, toussant et respirant
comme un fumeur invétéré
je plongerai avec mes écailles vers les îles et les jungles
où les larmes des aigles s'amoncellent ainsi que du limon
et les paroles fauves
pendent des arbres comme des figues
Je ne m'ennuierai pas là-bas
à me pavaner comme un paon
dans les chambres des braises ardentes
où ma sueur coule sur les valises
et les tresses des voyageuses
dont je porte les enfants à l'entrée des îles
presse les petits seins de mes épaules et de mon dos
soulevant mes cahiers rustiques comme une épée scintillante
à la face du monde entier
La nuit venue
quand les vagues sont des tombes obscurcies
et que le sang des captifs coule sous les voiliers couchés
je me dresserai sur une haute vague
comme un chef qui se tient sur son balcon
et je crierai :
je suis seul, ô mon dieu
Mohamed al-Maghout, La joie n'est pas mon métier, Ed. Orphée La Différence
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